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Sabrina Belouar par Pascal Lièvre

Sabrina Belouar a trouvé sa famille, Kader Attia, Mohamed Bourouissa, David Hammons, ou Mona Hatoum. Des artistes qui ont su construire des œuvres politiques sensibles écrit-elle dans son mémoire en inscrivant leur héritage culturel dans des formes plastiques.

Sabrina Belouar à travers un corpus d’œuvres issues d’un scénario qu’elle nomme « héritage culturel » reprend à son compte les questions de genre et d’identité qui affirment que tout serait constructions sociales et culturelles performatives qui mimeraient souvent de manière parodique une assignation dont personne ne connaîtrait les origines.
Il n’existe pas nous apprend Judith Butler de sujet pré-social qui précéderait les processus discursifs qui le construisent.
“Pas d’essentialisme, qui lierait nécessairement une identité à un corps naturellement différencié, ni de substantialisme, c’est-à-dire d’un individu qui précèderaient ses déterminations sociales . Il y a donc, pas de déjà-là, avant les processus normatifs qui construisent l’identité. Dans la construction de l’identité et du genre, cela se caractérise par le refus d’un corps préexistant, d’une expérience corporelle précédant la médiation sociale.”
Sabrina Belouar prend acte, d’un corps qui forme autant qu’il se forme, qui se norme dès la naissance avec les information’s qu’il incorpore pour former ce que l’artiste nomme, un héritage culturel.
Une construction ,la sienne: celle d’un corps assigné dans les catégories, femme, immigrée de la xième generation, issu d’un métissage franco algérien corps qu’elle décide ensuite de confronter à celui du monde de l’art et des espaces qu’il crée. éprouvant ses capacités de” résistance ou non à sa supposée plasticité, pour le mettre en échec.
Dans Empreintes, l’artiste nous présente un collage de bandes de scotch dans un cadre blanc. A première vue, cela ressemble à une oeuvre géométrique où sont agencées des lignes. Ces bandes de scotch ont entièrement recouvert le corps de l’artiste préalablement enduit d’encre. Elles sont les empreintes de l’entière surface d’un corps, celui de l’artiste qui ensuite les a assemblé pour les présenter dans une forme rectangulaire, celle imposée par le cadre choisi. Le geste pose d’emblée la question du cadre normatif du langage artistique, dans sa présentation autoritaire, qui enserre le corps de l’artiste.
Nouvelle stratégie de recouvrement utilisée par l’artiste une toile de hénné mimant la figure du monochrome. Forme inventée au début du XXème siècle et devenue au fil du siècle dernier un genre à par entière, l’artiste lui oppose un medium fragile qui se détériore et qui n’arrive jamais à incarner une couleur unifiée, c’est un monochrome qui montre son impossibilité à être réelement monochrome, sa matière ne pouvant se résoudre à l’incarner vraiment. Nouvelle stratégie de l’artiste pour déjouer les formes autoritaires de l’art en lui opposant une matière présente depuis des siècles en afrique et au Magrheb issue de son “heritage culturel”
Comprendre comment les corps sont façonnés par les systèmes de pouvoir nécessite donc de s’intéresser à l’incorporation des normes et à la façon dont les discours donnent corps, se matérialisent. Aussi dans les formes que proposent les espaces où se montrent les oeuvres d’art.Qu’est-ce qui donne matière aux corps ? Qu’est-ce qui les fait signifier ? Et comment les enserrer ensuite dans une topographie