pascal-lievre-totem-und-tabu-2014

Dr. Fox Médecin.e non conventionné.e à L’Atelier des Vertus, Paris

2019



Avec
Katia Feltrin, Pascal Lièvre, Michèle Magema, Ramuntcho Matta, Myriam Mechita, Côme Di Meglio, Ritual Inhabitual
Jeanne Susplugas, Sarah Touche.

« Je suis le blessé et le tué, dit Sophia. Mais je ne suis pas le tué. Je suis celui qui soigne et qui est soigné. »
SIVA, la trilogie divine
Phillip K. Dick, 1980

Elles sont rares les constantes anthropologiques, les phénomènes qui ont caractérisé les humains de tous bords et de tout temps. La souffrance, en tant qu’expérience universelle, tant psychique que physique, a fondé une pratique qui l’est autant, le soin. Prendre soin, c’est étymologiquement retirer la peine. Pure expérience d’empathie, d’altérité et d’amour.

Plusieurs ont vu « l’artiste » – le terme est peut-être trop empreint de connotations occidentales, disons le « faiseur d’image » -, comme un dérivé du chamane, du medecine-man. Parmi les premières images de l’humanité, nombreuses seraient donc celles dont la fonction était de soigner, en habitant un espace magique entre les mondes. Mircea Eliade en avait eu l’intuition, Jean Clotte et David Lewis-Williams ont récemment donné un cadre scientifique à cette intuition, bien que contesté par certains – Les Chamanes de la préhistoire : transe et magie dans les grottes ornées, Seuil, 1997. Pour eux, les hommes préhistoriques allaient dans les galeries souterraines à la rencontre des esprits, cachés derrière les parois des grottes, pour communiquer avec eux, pour soigner. La main soufflée était ainsi moins une image qu’un acte, celui qui consistait à se fondre avec le mur, la pénombre, l’autre monde…

Mais pourquoi, au XXIe siècle, convoquer cette origine, comme si on repliait l’histoire, pour en joindre les deux bouts ? Parce que encore, l’image, et encore plus sa création, gardent la trace de cette aura magique, parce que encore des artistes, à travers leur pratique, se soignent eux-mêmes, soignent les autres, et soignent le monde, et peut-être plus particulièrement depuis les années 1970, dans ce creuset de chamanisme, de new age et d’écologie qui a vu l’émergence des Gina Pane, Joseph Beuys et autres James Lee Byars. Et parce que le monde, en proie aux errements d’une humanité écartelée entre la perspective de son salut et celle de son extinction, appelle peut-être plus au soin qu’à la virtuosité, qu’au progrès.

Clément Thibault